FORCE INTERNE / FORCE EXTERNE

 

LE JIN DANS LE TAIJI QUAN par Zhang Yun

 

Jusqu'à très récemment dans l'histoire de l'humanité, la plupart de la puissance physique que nous utilisons tous les jours provient de notre propre corps. Les arts martiaux de cet âge préindustriel, que nous appelons aujourd'hui arts martiaux traditionnels, étaient à un niveau des plus fondamental pour un art qui utilise les forces physiques du corps : comment produire les différents types de force dans les quantités demandées, de la manière la plus efficace possible pour que le corps de l'adversaire ait des problèmes, comment empêcher l'adversaire de faire de même contre soi, etc... Aujourd'hui cette masse de connaissance survie dans les arts martiaux traditionnels chinois. Parmi ces styles, du point de vue utilisation de ces forces lors de l'entrainement et d'un combat, le Taiji Quan offre une réflexion des plus formelles, un vaste corpus de principes et de méthodes d'entrainement des plus détaillés et des plus cohérents.

 

Imposant par son développement à travers le monde et sa richesse, le Taiji Quan, aujourd'hui, n'est cependant qu'un art qui n'est plus utilisé pour sa raison première. Pour la majorité des pratiquants, le cœur de l'entrainement a dérivé du combat vers la santé. Cependant, si on occulte totalement les aspects martiaux de cet art, on ne risque pas seulement de perdre une partie du savoir, mais de ne pas comprendre l'essence même du Taiji Quan. Faire du Taiji Quan signifie s'entraîner et comprendre ce qu'il est : un art martial. Sinon on ne fait pas vraiment du Taiji. Et si on ne fait vraiment du Taiji, alors on ne peut même pas récolter tous les bénéfices de cette pratique. Par exemple, si on ne s'exerce pas aux poussées de mains, alors on ne pourra pas tirer d'importantes leçons pour exécuter la forme.

 

Pour vraiment maîtriser le Taiji Quan, en dehors d'avoir une bonne vision de ce qu'est le Taiji Quan, de ce qu'est l'objectif final et de l'entraînement à suivre pour atteindre cet objectif, on a besoin comprendre entièrement et dans les moindres détails ses principes et ses théories. Ici on propose une introduction basique aux théories du Taiji Quan sur le jin, un des importants fondamentaux du Taiji Quan.

 

1. Le li et le Jin 

Les arts martiaux, comme beaucoup d'autres types de savoir, ont mis beaucoup de temps pour se développer. Au début, aucun principe ou concept n'existaient. Il n'y avait que des techniques de mains issues de l'expérience. A un moment, ces expériences se sont accumulées à tel point qu'il a été possible de les synthétiser comme théories générales ou comme principes. On a pu alors les tester. Et s'il s'avérait que c'était bien alors on pouvait les utiliser pour améliorer sa pratique. Une meilleure pratique conduit, à son tour, à une meilleure compréhension des principes sous-jacents, et ainsi de suite...

Il est tout naturel qu'au début, ces concepts soient indifférenciés, simples et grossiers et qu'ils deviennent plus clairs et plus raffinés à travers le temps. Concernant la compréhension de la force, la première principale distinction qui a été faite dans les arts martiaux chinois est entre celle entre le li et le jin.

 

Dans l'usage de tous les jours, ces deux mots signifient force physique et on peut employer l'un ou l'autre. Souvent, on utilise jin pour dénoter une très grande force. Pour les arts martiaux, ce sont des termes techniques avec des définitions plus précises. Li est une simple force musculaire qu'on appelle « force non entrainée », « force naturelle » ou « force instinctive », car aucun entrainement préalable n'est nécessaire pour son emploi. Quand on contracte nos muscles d'une manière simple et naturelle, quand on fait des choses comme plier son bras pour amener une fourchette à la bouche, ou tendre le bras pour fermer un tiroir, on utilise le li. Le li est simple, ses principales caractéristiques sont quantitatives : quelle grosseur et quelle rapidité.

 

Si le li est le matériau brut et basique alors le jin est un produit sophistiqué et fini. C'est le li qui a été transformé par la pratique, quelque chose qui produit les résultats désirés avec plus d'efficience et d'efficacité.

 

Par exemple : deux jumeaux identiques, même taille, même composition musculaire - même niveau en li. Un est golfeur professionnel, l'autre n'a jamais fait de golf. En allant faire du golf pour la première fois, le jumeau qui n'est pas entrainé et qui n'a aucune connaissance de ce sport, ne peut seulement utiliser que ce qu'il a à sa naissance, à savoir le li. Si son premier drive ne va pas aussi loin qu'il espérait, son instinct naturel l'amènera à utiliser plus de li, à savoir swinguer plus fort avec plus de vitesse. Son frère qui est entrainé utilise quelque chose de bien plus puissant et sophistiqué. Il a le jin et l'utilise avec un meilleur résultat. Il est capable de driver la balle bien plus loin, de placer la balle sur le fairway avec beaucoup plus de précision et souvent avec moins d'effort. Le jin est complexe. Ses qualités ne sont pas juste quantitatives mais qualitatives.

 

Le li est un produit de la nature, le jin un produit de la nourriture. Tout le monde est né avec la capacité à générer et à utiliser du li. Personne n'a du jin jusqu'à ce qu'il ait nécessairement subi un entrainement. Comme on l'a vu dans l'exemple précédent, quand on commence une activité nouvelle qui nous semble non familière, la simple force musculaire est ce que nous pouvons utiliser car nous ne connaissons rien d'autre. Cette force tend à être maladroite et inefficace. Pour cette raison dans les arts martiaux on appelle aussi le li, zhuo li, la force maladroite, non entrainée. Zhuo signifie boueux, l'opposé de clairement distingué, propre, poli, raffiné, des caractéristiques que nous associons communément avec le jin. Lorsqu'on devient entrainé ce li est transformé petit à petit en jin, quelque chose de plus efficient et efficace. Pour cette raison le jin est appelé la « force entrainée » ou « force coordonnée ».

 

Transformer le li primitif en un jin sophistiqué, raffiné est un des principaux objectifs de la pratique de tout art martial sophistiqué.

 

En réalité, on peut juger de la sophistication d'un art martial par la manière dont il aborde le li et le jin. Dans les styles moins développés, la conception de la force tend à être très simple et très brute avec peu ou pas de distinction entre le li et le jin. Puisque le jin est plus puissant que le li, ils considèrent juste que le jin est une force beaucoup plus grande qui est développée par la pratique, et que c'est la principale raison pour laquelle le jin est meilleure que le li.

 

Quand on essaye de faire quelque chose et qu'on échoue parce qu'on rencontre de la résistance, notre instinct nous dicte de réessayer avec une plus grande force. C'est dans la nature humaine. Les arts martiaux ne dérogent pas à cette règle, et pas seulement sur l'entrainement de la force mais aussi pour ses stratégies et ses tactiques dans leurs globalités. On peut facilement les comprendre et les jauger. Dans ce cas, ils croient que la voie qui mène à l'invincibilité est simple et qu'elle passe par la recherche de la puissance et de la vitesse maximum. Cela conduit au fait que pour le combat ils ne peuvent faire et utiliser le jin que dans une manière très simple.

 

Mais pour les styles matures, la distinction entre le li et le jin devient de plus en plus claire et plus raffinée. on commence à apprécier pleinement ce qu'on peut accomplir avec le jin. Il faut noter que même si les muscles sont concernés dans les deux cas, le li et le jin fonctionnent de manières différentes, et par conséquent différentes méthodes d'entraînement sont nécessaires. Ainsi, l'entrainement de la force changes. Il devient bien plus complexe. Maintenant l'objectif n'est rien moins que le développement complet du jin sous toutes ses formes quantitativement et qualitativement.

 

Les aspects qualitatifs du jin peuvent être très subtils et difficiles à observer de l'extérieur. Quand il est combiné avec des principes de haut niveau on peut utiliser le jin afin de faire des choses comme utiliser une petite force pour défaire une force beaucoup plus grande. Aujourd'hui ces types de choses nous paraissent incroyables car dans la vie moderne et sédentaire, la plupart d'entre nous ne sont familiers qu'avec le li, et on sait très peu de choses sur le jin. Aujourd'hui, les arts martiaux d'un haut niveau sont comme les grandes œuvres de l'art moderne : pour l'œil non entrainé cela parait étrange, non naturel, non intuitif et même faux.

 

2. Le Wai Jin et le Nei Jin

Dans les 400 dernières années on a vu la montée d'un nouveau type d’arts martiaux. Plus efficace que jamais, leur vraie signification est qu'il représente un pas de géant vers plus d'efficacité. Ceci a été rendu possible par le deuxième développement majeur de la théorie de la force dans les arts martiaux. A ce moment, on avait assez de connaissances sur le jin pour pouvoir faire la distinction entre deux types de jin : le wai jin (le jin externe) et le nei jin (le jin interne). Les nouvelles connaissances issues de la recherche sur le jin interne ont donné naissance aux arts martiaux internes. Ils sont composés du Xingyi Quan, du Taiji Quan et du Bagua Zhang.

 

Pour être appelé un art interne cela ne signifie pas qu'on utilise uniquement du nei jin. Aucun art martial ne peut être complet sans l'usage du wai jin. Ainsi les arts martiaux internes signifient juste que l'accent lors de l'entraînement et du combat est mis sur le nei jin, avec le wai jin qui joue le rôle de suppléant. Contrairement aux arts martiaux externes qui utilisent la plupart du temps le wai jin et très peu le nei jin.

 

Ainsi qu'est ce que exactement le wai jin et le nei jin ? Et pourquoi ls arts martiaux internes favorisent ils l'emploi du nei jin ? Pour répondre à cette question, nous devons d'abord voir ce qu'ils sont et comment ils sont liés à la philosophie centrale de l'art martial interne. Comme le taiji Quan est celui qui est le plus cartésien et qui rentre plus dans le détail dans ces distinctions, nous l'utiliserons pour illustrer ces concepts.

 

2.1. Définition

Wai signifie dehors ou externe. être dehors c'est être visible. Ainsi wai jin signifie un type de jin dont chaque aspect peut être compris rien qu'en le regardant lorsqu'il est utilisé. Comment cette force est stockée et relachée. Quel est sa vitesse son angle sa direction etc...Nous utilisons le wai jin pour faire par exemple un coup de poing rapide et puissant.

 

Par définition wai est yang. Yang dans le Taiji n'est pas du pur yang il comprend un petit peu de yin. On appelle cela gang zhong rou - le dur contenant le doux. Les avantages du wai jin sont qu'il est rapide, dur, soudain et puissant. Quand on le sort, la sensation est celle d'une explosion ou d'une éruption, impossible à arrêter, capable de détruire toutes choses sur son chemin. Il peut être utilisé pour sérieusement blesser ou pour tuer l'adversaire.

 

Le désavantage du wai jin est : que généralement les mouvements sont amples, et étant donné sa nature externe, il est facile à détecter et à contrer. La durée de cette force tend à être courte. Et une fois sorti vous ne pouvez pas facilement changer sa trajectoire ou tout autre élément de cette force. Au final, son stockage et sa sortie sont ici des processus complètement séparés.

 

Les points clés pour l'utilisation du wai jin sont rapidité, puissance et précision. L'entraînement au wai jin est une question de maximisation de son potentiel. Quelques maîtres d'arts martiaux internes peuvent avoir une puissance incroyable. Il n'est question que d'absolu. On en veut avoir le plus possible par la pratique.

 

Les types classiques de wai jin utilisés dans le Taiji Quan sont : duan jin - la force cassante, chuang jin - la force de percussion, cun jin - la force sans recul, leng jin - la force froide, dou jiin, la force secouante et chong jin la force d'enfoncement etc...

 

Nei veut dire intérieur ou interne. Être interne signifie que c'est quelque chose qui ne peut être vu, seulement ressenti. Un exemple de nei jin est nian jin en Taiji Quan. Quand on est parfaitement collé à l'adversaire sans aucun effort ou sans perte de connexion avec lui. Il n'y a presque pas de mouvement physique au point de contact. Pourtant, à l'intérieur notre force produit son effet. Le mouvement externe est si infinitésimal et si subtil que cela échappe à l'œil.

 

Par définition nei jin est yin. Yin en Taiji n'est pas un pur yin, il contient un petit peu de yang. On dit que rou zhong gang : le doux contient le dur. L'avantage du nei jin est que c'est petit, durable, changeant et qu'il combine les processus de stockage et de libération de la force. Petit signifie que les mouvements requis sont en général très petits, quelque chose qui n'est même pas visible de l'extérieur. Durable veut dire que lorsque la force est libérée, les effets peuvent continuer durant un temps relativement long. Changeant veut dire que sa quantité et sa direction peuvent changer lors de sa sortie. Le processus pour le stockage et la libération sont les mêmes sans qu'il y ait de séparation claire ou des points de rupture entre eux. La combinaison de ces caractéristiques fait qu'il est facile pour nous de cacher nos véritables intentions. Avec le nei jin, faire des estimations précises sur sa quantité, sa direction, son angle, sa direction etc... est très difficile. Se prémunir de cette force est plus difficile.

 

Le principal désavantage du nei jin est que bien qu'il soit aisé de faire bouger les gens facilement, il n'est pas suffisamment puissant pour être vraiment destructeur.

 

Les points clé pour l'emploi du nei jin sont l'évolutivité, la subtilité et la dissimulation. S'entraîner au nei jin concerne plus le relatif que l'absolu. C'est plus une histoire de qualité que de savoir comment contrôler et utiliser sa force. La plupart des techniques d'un Taiji Quan de haut niveau proviennent de ce type d'entrainement.

 

Les types de nei jin utilisés dans le Taiji Quan sont : Chang jin - la force durable, chen jin - la force d'enracinement, zhan jin, la force adhérente, nian jin, la force collante, lian jin, la force de connexion et sui jin la force suiveuse etc...

 

2.2. L'approche du Taiji Quan pour le combat avec le nei jin et le wai jin

Comme nous l'avons vu les caractéristiques du nei jin et du wai jin sont, pour le combat, complémentaires l'une de l'autre. C'est ainsi une erreur d'ignorer une des deux force pour le combat. Chaque type de jin a ses propres caractéristiques, avantages et désavantages. Durant l'entraînement on doit s'efforcer de tous les comprendre en détail afin qu'on puisse s'en servir de façon appropriée pour le combat, comme le dictent les principes du Taiji Quan.

 

Mais quels sont les principes du Taiji Quan et en quoi sont ils différents des arts martiaux externes?

La manière dont on se bat (la tactique) est toujours subordonnée par ce dont on dispose pour combattre (les armes). Avant l'avènement des arts martiaux internes, avant qu'on ne connaisse beaucoup de choses sur le nei jin, notre arme principale était le wai jin. Comme nous l'avons vu plus haut, la principale caractéristique du wai jin tend à être quantitatif. Et cela a un impact sur la manière dont les gens combattent.

 

Les autres facteurs principaux qui influencent la tactique est la nature humaine et le niveau de compréhension. L'habileté dans les arts martiaux, que cela soit en attaque ou en défense, est toujours conçue avec, à l'esprit, une éventuelle réponse de l'adversaire. Que fait-on instinctivement lorsqu'une force arrive (combattre ou partir)? Dans l'ancien canevas, on essayait basiquement d'éviter que la force atteigne notre corps en lui opposant directement une force plus grande ou identique.

 

En mettant tout cela ensemble, on arrive à la conclusion logique que si je m'entraîne à être plus fort alors on aura des difficultés à se défendre contre mes attaques. Cette façon de penser suivent nos instincts naturels. C'est à quoi conduit le développement du wai jin poussé à l'extrême. Mais, en combattant de cette façon, le plus grand et le plus fort tend à gagner plutôt facilement. Bien que des techniques peuvent faire la différence, toutes les techniques sont basées sur ce principe.

 

A la fin de la dynastie des Ming et au début de celle des Qing, on a commencé à s'affranchir de cette approche purement quantitative. On a commencé à regarder les autres caractéristiques de la force comme le timing, l'angle et la direction. C'est une approche plus sophistiquée et plus globale qui tient aussi en compte tous les aspects qualitatifs de la force. Le souci de la gagne est toujours là mais l'accent de la recherche à été reporté du résultat à l'efficacité. Comment peut-on gagner avec moins d'effort ?

 

La philosophie taoïste traditionnelle dit que le souple peut vaincre le dur. Appliqué aux arts martiaux, cela signifie qu'on ne doit pas essayer de résister directement contre une force entrante avec une force égale ou plus grande. Et au lieu d'encaisser toute la force on essaye d'emprunter la force de l'adversaire pour l'utiliser contre lui etc...

 

Au Taiji Quan on veut toujours avoir le maximum de résultat avec le minimum d'effort. Transposé aux tactiques cela veut dire qu'on n'utilise pas le wai jin juste pour attaquer directement l'adversaire. On le fait après avoir détruit son équilibre et l'avoir mis sous notre contrôle. C'est un processus très complexe impliquant beaucoup de changements. A ce stade pour le combat, le nei jin est le meilleur choix. Une fois qu'on a le contrôle on a besoin d'une force finale. Pour cela le wai jin est le meilleur choix.

 

2.3. Les idées préconçues classiques

2.3.1. Le li est la force externe, le jin est la force interne :

Beaucoup de gens confondent le li et le wai jin. Le raisonnement que dans un art martial externe, on ne s'entraîne pas au jin n'est pas vrai. Tous les arts martiaux sont basés sur l'emploi du jin. Pour les arts martiaux externes on utilise la plupart du temps le wai jin. Quelques-uns croient que le jin est uniquement une caractéristique des arts martiaux internes. Dans les arts martiaux internes on utilise beaucoup le terme de jin car on recherche et on fait la distinction entre les différents types de jin dans les moindres détails. Si on ne faisait pas ce type de distinction, alors on n'a pas besoin d'employer ce terme : c'est juste une nécessité.

 

2.3.2. Confondre le wai jin et le nei jin : il faut être prudent quand d'autres groupes parlent de nei jin

En prenant toute l'histoire, on voit que l'art martial interne est un phénomène assez récent. Cette distinction entre le wai jin et le nei jin est seulement claire dans peu de styles. Ainsi dans la plupart des groupes, quand on mentionne jin ou nei jin, on veut habituellement vraiment dire wai jin. Pour eux, ce n'est pas un gros problème : s'ils ne font pas de distinction claire c'est que vraisemblablement le nei jin ne tient pas un grand rôle dans leur travail. Cependant si on confond les deux dans notre pratique du Taiji Quan, on ne pourra jamais avoir le véritable savoir faire du Taiji Quan. On pourra peut être se battre mais on emploiera le wai jin avec les principes qui vont avec. On peut peut-être gagner, mais on n'aura pas utilisé le Taiji Quan dans toute son efficacité.

 

Soyez prudent. Pratiquer un art martial interne signifie focaliser l'entraînement sur l'apprentissage de l'emploi des différents types de nei jin.

 

Les nei jin sont beaucoup plus complexes et difficiles à comprendre et à faire que le wai jin. Se relâcher et suivre quand on est confronté à un grande force n'est pas quelque de chose de naturel. Mais c'est ainsi que le Taiji Quan doit être. C'est une des idées centrales. Sans cela on n'utilise pas le vrai Taiji Quan. C'est une chose importante et c'est ce qui doit être enseigné en premier.

 

L'autre raison pour apprendre le nei jin en premier c'est que c'est d'un plus haut niveau que le wai jin. L'idée est que si on maîtrise le nei jin alors on peut maîtriser le wai jin plus facilement. Mais si on consacre la plupart de son entraînement au wai jin et qu'on ignore le nei jin on ne saisira jamais le nei jin et par conséquent les arts martiaux internes.

 

Les wai jin par comparaison sont relativement plus faciles à comprendre et à faire car ils sont plus proches de notre capacité naturelle. La plupart des gens peuvent les comprendre très vite. La différence de niveau entre eux provient de la manière dont on les exécute, de la quantité de force qu'on produise et la rapidité à laquelle on le fait.

 

2.3.3. Confondre le wai jin et le nei jin : soyez prudent quand les pratiquants de Taiji Quan parlent du nei jin

Puisque le Taiji Quan est un art martial interne, quand on parle de jin dans la pratique du Taiji Quan on se réfère habituellement au nei jin. Cela peut être la cause de beaucoup de confusions, conduisant les gens à croire qu'ils s'entrainent/emploient le nei jin quand en réalité ils emploient du wai jin. Rappelez-vous que tout les jin utilisés dans les arts martiaux internes ne sont pas du nei jin.

 

Dans les premières traces sur les principes du Taiji Quan quelques personnes utilisaient même le terme de li au lieu du jin. Car les termes n'étaient pas formalisés à ce moment là. Ainsi même maintenant, quelques personnes continuent à parler de cette manière dans leurs enseignements oraux. En réalité, cela amène beaucoup de confusion.

 

3. Développer le jin

Lors d'un combat, on peut avoir besoin de beaucoup de puissance. Donc comment augmenter et utiliser la puissance ? Il y a deux manières : augmenter la force maximale, augmenter la force relative. Pour augmenter la force maximale, il y a deux méthodes : faire du muscle et aller au maximum de notre potentiel. Pour augmenter la force relative il y a aussi deux méthodes qui peuvent être employées : trouver le meilleur angle et le bon timing pour utiliser sa force et emprunter la force de l'adversaire. Toutes les deux manières ou les quatre méthodes sont utiles et employées dans le Taiji Quan, mais on met l'accent dessus à des niveaux de priorité différent selon les différentes étapes de l'entraînement.

 

L'ordre dans laquelle ces méthodes sont listées ci-dessus est aussi l'ordre relatif de la complexité. Des quatre méthodes, la plus simple est celle pour obtenir du muscle. C'est compréhensible et c'est un entrainement qui peut être abordé directement et facilement. Emprunter la force de l'adversaire est la plus complexe des méthodes. . cela ne nécessite pas seulement une connaissance de nous même mais aussi de notre adversaire.

 

Habituellement, la plupart des gains en force absolue dûs à l'entrainement sont pour le wai jin tandis que la plupart des gains en force relative sont pour le nei jin. Les deux sont nécessaires en Taiji Quan. On a donc besoin de les comprendre, de les pratiquer en conséquence. En Taiji Quan, le développement du jin comprend le huan jin (comment transformer le li en jin), le yun jin (comment faire circuler le jin à travers notre corps) le xu jin (stockage de jin), le fa jin (la sortie de jin) et le dong jin (comprendre comment utiliser le jin dans les principes du Taiji)

 

3.1. Caractéristiques d'un jin de haut niveau

Coordination totale du corps

Le li que nous utilisons naturellement dans la vie de tous les jours n'est en fait pas le li disponible dans sa totalité. Une grande portion de notre potentiel n'est pas utilisée. Car sans l'entrainement, notre corps ne fait pas un tout. Toute sa puissance est locale et fragmentée. Quand nos mouvements ne sont pas totalement coordonnés, quand des parties de notre corps fonctionnent à l'encontre des uns des autres, on perd de l'énergie. La raison, pour laquelle beaucoup de groupes pensent que le jin est un li plus grand, est qu'avec le jin on dépasse le potentiel non utilisé.

 

Notre corps n'est pas totalement coordonné car dans la vie de tout les jours on fait très peu de choses qui nécessitent d'être uni. La plupart des objets que nous manipulons sont assez légers pour qu'ils puissent être soulevés uniquement par le bras droit. On est ainsi l'expert de la segmentation et non de la coordination totale du corps.

 

A quoi ressemble la coordination totale du corps ? Si quelqu'un pousse votre bras droit avec une force de 100 livres et qu'on utilise juste les muscles du bras droit pour résister, on emploie le li d'une manière très fragmentée. On est tendu car 100% de la charge est supportée par les seuls muscles du bras. Quand on est coordonné on utilise tout le corps. On répartit les 100 livres à travers tout le corps de manière à ce que le bras ne supporte, disons, seulement 10 livres du poids. Ainsi puisqu'aucune partie du corps ne supporte une grosse charge, le tout est relâché, même quand il supporte quelque chose de très lourd.

 

Cette sensation de relâchement est une des choses des plus importantes dans l'entraînement de l'art martial interne. Sans relâchement il n'y a pas de sensitivité et sans sensitivité on ne peut pas utiliser ce qui fait le haut niveau de l'art martial interne.

 

Et au contraire du li, quand on a vraiment du jin, on doit sentir que le jin est toujours présent dans toutes les parties du corps et qu'il peut être dirigé dans toutes les directions.

 

Les classiques du Taiji Quan déclarent que le jin est initié à partir des racines de nos pieds, libéré par nos jambes, contrôlé par notre taille et finalement il se manifeste à nos doigts. Des pieds aux doigts ; l'énergie doit circuler complètement et sans rencontrer de résistance. Cela demande de la coordination globalisée.

 

Sans à-coup et sans résistance

On veut avoir la capacité de faire circuler le jin à travers tout le corps sans à-coup. Qu'à tout moment le jin peut aller n'importe où dans le corps et sans mouvements préparatoires. Seulement quand on peut faire circuler le jin à ce niveau de liberté et de vitesse, peut-on vraiment l'utiliser en combat ?

 

Evolutif

Beaucoup de choses peuvent survenir dans un combat et ceci très rapidement. On veut pouvoir faire tout changement approprié du jin: la direction, la quantité, la dureté, la souplesse, l'apparence, la disparition, etc. La pratique des poussées de mains est l'entraînement le plus important pour cela. S'entraîner et comprendre comment utiliser les 36 jin est aussi très important. Mais si on peut le faire, peut-on dire qu'on comprend le jin ?

 

3.2. Huan jin : transformer le li en jin

Un des exercices des plus importants en Taiji Quan est de transformer le li en jin. Le but est que si on doit utiliser de la force physique en combat, on n'utilise jamais le li, on n'emploie que le jin. Pour atteindre ce niveau on doit faire un certain type d'entraînement.

 

La méthode principale pour cela en Taiji est l'entraînement de la forme. L'objectif de tout entraînement est de créer une nouvelle habitude, une seconde nature et un nouveau reflexe. Le type de réponses à laquelle on s'entraine au Taiji est d'aller de base à l'encontre de nos instincts naturels. Ainsi on doit renforcer beaucoup de choses. On doit pratiquer la forme tous les jours. Quand on s'entraîne, la forme doit être exécutée de manière lente, sans à-coup, relachée et agilement. Notre esprit doit être sollicité à tout moment pour lutter contre les instincts naturels du corps, sinon au lieu d'avoir la consolidation d'une nouvelle habitude on finit par renforcer l'ancienne.

 

Zhan zhuang (posture debout) est une méthode supplémentaire très populaire. Par rapport à la forme c'est beaucoup plus simple. On doit juste tenir une posture statiquement. L'autre méthode est appelé shin jin (tester la force) Dans ce cas on doit faire des mouvements simples de manière répétitive, habituant notre corps à la nouvelle façon de bouger et d'expérimenter ce que la sensation correcte du jin doit être. On dit que les poussés de mains sont une des meilleures façons pour apprendre le nei jin.

 

Au début de la pratique, on peut croire qu'on perd de sa puissance. Il ne faut pas s'en inquiéter et continuer à pratiquer de la bonne manière. Quand on sent que la puissance revient cette puissance est le jin. C'est un processus très long et graduel. Personne ne peut bien le faire tout de suite.

 

Pendant un très long moment lorsqu'on utilisera notre force ce sera un mélange de li et de jin. C'est ce qui rend le Taiji Quan très difficile et en même temps très intéressant.

Très souvent, si on est tendu pour une raison quelconque, peut être par nervosité, on utilisera plus de li. On va à l'encontre de notre instinct naturel. L'entraînement est nécessaire pour surmonter cet instinct. Ainsi l'entraînement du Taiji Quan est plus mental que physique. C'est la manière la plus efficace de s'entraîner. De cette manière le ratio entre le li et le jin change petit à petit, notre corps devient de plus en plus un ensemble uni. On pourra avoir de plus en plus de puissance disponible par notre corps qu'on ne pouvait en avoir avant car nos mouvements étaient trop inefficaces. C'est basiquement à quoi huan jin se réfère.

 

Ce type d'entraînement est plus qualitatif. L'objectif ici est d'augmenter notre jin. C'est très physique, mais cela n'augmente pas trop la taille de vos muscles. Théoriquement il y a une seconde façon d'augmenter le jin : en entraînant les muscles pour augmenter le li, puisque le li est le matériau de base pour le jin. C'est plus une approche quantitative. Idéalement, on veut les deux. On veut avoir le plus possible de li disponible pour la transformation en jin, et on veut pouvoir développer le plus possible de ce li dans la forme de jin.

 

On doit faire ici attention car il y a beaucoup de conflits inhérents entre ces deux approches. Surtout au début, quand on a peu d'expérience avec ce que doit être le bon feeling pour l'usage du jin. Trop d'entraînement de type quantitatif peut facilement aller contre l'entraînement de type qualitatif. L'entraînement à la résistance concerne de façon simpliste la plupart du temps le li. On peut peut satisfaire notre instinct naturel d'utiliser le li si on doit vaincre une grande force. C'est à l'opposé de l'entraînement du jin. De même, l'entraînement au jin demande au corps d'être relâché. Ici on habitue le corps à être tendu. En Taiji Quan, on voit beaucoup de gens qui se focalisent sur la seconde approche et progressent lentement dans le processus du huan jin car ils sont habitués à utiliser leur li.

 

Pour ces raisons traditionnellement on croit qu'il faut mieux plus se concentrer sur l'approche qualitative. Premièrement pour apprendre à bouger de manière plus efficace, apprendre comment obtenir plus que ce qui est disponible. Certaines personnes sont totalement contre l'entraînement à la résistance mais c'est aussi trop extrême. On a juste besoin d'équilibrer attentivement chaque type d'entraînement. Le Taiji Quan est un art martial, l'entraînement à la résistance doit être une partie de tous les arts martiaux.

 

Il est important de noter que lorsqu'on dit que la pratique du Taiji Quan change notre nature humaine originelle, on ne veut pas dire qu'il faut aller contre les lois de la nature. On obéit toujours aux lois de la nature. On évolue juste à un plus haut niveau que les façons primitives et brutes disponible à la naissance. Quand on soulève une grosse pierre à mains nues, on suit les lois de la nature, quand on utilise une corde et une poulie pour le soulever avec une fraction de la puissance, on suit encore les lois de la nature. La nouvelle manière représente une compréhension la plus avancée de la nature. On veut que la nouvelle manière soit une réponse automatique à une sollicitation. Dans la philosophie chinoise on dit : « shun qi zi ranqiu zi ran » : suivre les lois de la nature pour obtenir une autre nature.

 

3.4. Yun jin

Yun jin signifie faire circuler le jin à travers le corps pour qu'il soit utilisé. Il y a deux types de circulation : un pour faire circuler et collecter le jin à un ou deux points du corps pour le libérer. C'est habituellement fait pour le wai jin. On veut être capable de faire circuler le jin rapidement à n'importe quelle partie du corps quand cela est nécessaire. L'autre manière est de laisser le jin se répandre dans tout le corps. Ainsi à un moment le jin est partout dans le corps. C'est l'utilisation habituelle du nei jin.

 

3.5. Fa jin

L'application du jin est souvent appelé Fa jin (libération ou lancement de jin). Fa veut dire lancer, relâcher, projeter, générer, envoyer ou sortir. Dans la plupart des arts martiaux, l'idée générale du fa jin est d'émettre une force puissante. En Taiji Quan c'est beaucoup plus nuancé et plus précis.

 

3.5.1. Définition

Pour comprendre le fa jin en Taiji Quan on a besoin en premier de parler de la définition exacte du terme de fa jin. Il y a deux définitions pour le fa jin en chinois. La première est

"force projetée". Ici les deux caractères, fa et jin, sont combinés ensemble comme pour un nom. Cela se réfère à une sorte de jin qui peut être utilisé pour lancer quelque chose au loin, comme frapper quelqu'un durement et le projeter loin. Quand on parle de fa jin de cette manière, on parle du fa jin comme d'une technique d'attaque. De ce point de vue, basiquement toute attaque peut être un fa jin. Ici le but principal durant l'entraînement est de délivrer la plus grande force possible.

 

L'autre définition de « fa jin » est « relâcher le jin ». Ici fa est un verbe qui signifie relâcher ou lancer, et jin l'objet qui veut dire "force coordonnée". Quand on parle du fa jin de cette manière, c'est un concept plus général qui veut dire utiliser le jin. Puisqu'il y a différents types de jin dans le Taiji Quan, il y a plusieurs manières de l'exprimer. Ce n'est pas restreint à une grande explosivité surtout quand le nei jin est impliqué. Ici l'objectif le plus important dans l'entraînement est d'apprendre comment contrôler le jin, comment l'utiliser de manière la plus efficace possible. De ce point de vue, le fa jin n'est pas juste une force très puissante. Il peut être beaucoup de choses. Il peut être petit doux ou lent...

 

Les deux types de jin et les deux manières correspondantes pour faire le fa jin signifient que dans le Taiji Quan on n'utilise pas notre force pour attaquer directement l'adversaire. Comme les caractéristiques principaux du nei jin sont cachées, changeantes et continues son fa jin doit aussi être ainsi.

 

Bien qu'il soit rapide, précis et puissant, le wai jin est difficile à modifier une fois qu'il a été libéré. Ainsi en Taiji Quan, on le fait quand on est vraiment sûr de toucher sa cible. Et même avec un jin puissant, on ne frappe pas de toute sa force. On essaye d'avoir l'effet maximum ce qui veut dire qu'on veut encore optimiser le timing, la direction, la position, la cible, et la quantité.

 

En Taiji Quan, les forces qu'on projette peuvent être du wai jin ou du nei jin, mais la plupart du temps ce sont du wai jin. On dit toujours que si on ne sait pas faire un fa jin (une force projetée) on ne sait pas utiliser le Taiji Quan pour le combat. Il y a quelques forces projetées utilisées habituellement dans les poussées de mains et lors de combats : jie jin (la force interruptrice), chang jin (la force durable), chen jin (la force d'affaissement), zuan jin (la force perforante), cun jin (la force sans recul), fen jin (la force séparante), leng jin (la force froide), duan jin (la force cassante), dou jin (la force secouante), chong jin (la force d'enfoncement) et chuang jin (la force d'assaut), etc.

Certaines sont plus dures, certaines plus rapides, certaines plus abruptes et d'autres plus puissantes. Certaines sont plus faciles à utiliser d'autres plus dures. La caractéristique commune de toutes ces forces est qu'elles peuvent être utilisées pour une attaque dure. Il est important de noter que dur ne signifie pas émettre la plus grande quantité de force possible. Cela signifie juste qu'on a l'attaque la plus efficace possible. Ce qui important c'est de maîtriser notre quantité de force. Même lorsqu'on est très puissant on fait toujours attention à la quantité de force dont on a besoin. Il faut toujours se poser la question : si on réduit plus la quantité obtient-on toujours les même résultats ? Cela fait partie de la philosophie du Taiji Quan d'utiliser au minimum la force pour obtenir le maximum d'effet.

 

Parce que le processus d'émission du wai jin est si évident, si facile à comprendre et à jauger, que beaucoup de personnes pensent par erreur que le fa jin du Taiji Quan n'est que cela. C'est une des incompréhensions courantes qui font que les gens se concentrent, à l'entraînement, sur le wai jin et ils ignorent l'entraînement du nei jin dans leur pratique de l'art martial interne. Le résultat final est qu'on stagne à ce niveau et qu'on ne comprendra jamais ce qu'est le haut niveau d'un art martial interne.

 

Comme le nom le suggère, en fait le fa jin le plus important dans le Taiji Quan est celui du nei jin. La sortie de wai jin ne joue qu'un rôle secondaire et de support pour le combat. C'est parce que le nei jin est projeté littéralement dans le corps, qu'il est normalement petit, que les mouvements physiques externes ne sont pas si visibles, que les gens ne le distinguent pas clairement. Quelques fois ils ne réalisent même pas qu'un fa jin a été fait. Donc portez votre attention là.

 

3.5.2. Principes du fa jin

Selon les principes du Taiji Quan, on ne peut pas attaquer directement. Cela vient toujours après qu'on ait gagné le contrôle de l'adversaire. Le premier principe du fa jin est le timing. C'est une question d'efficacité. Un fa jin trop tôt et l'adversaire n'est pas encore entièrement sous notre contrôle (c'est-à-dire qu'il n'a pas encore perdu son équilibre). Dans ce cas, on aura besoin de plus d'énergie. Un fa jin trop tard, l'adversaire a une opportunité de changer et de s'adapter, ce qui nous amènerait à un échec et nous mettrait dans l'embarras. Trouver le bon timing pour notre fa jin est appelé ji (gagner l'opportunité). Le meilleur moment est celui où l'adversaire est le plus faible. Quand il est déséquilibré, son corps est rigide, ses racines sont instables et son temps de réaction lent.

 

Le second principe du fa jin est la position. Cela se réfère à ce qui est appelé de shi. C'est le cas quand notre corps est dans une posture confortable et pas notre adversaire. On est relaxe, stable, notre esprit peut facilement se concentrer et notre qi se déplace sans à-coup. On peut faire tout ce qu'on veut. Notre corps est prêt à émettre de la force. Par comparaison, le corps de notre adversaire est dans une position difficile. Il ne peut pas se relâcher et il ne peut pas facilement faire de changements. C'est seulement quand on a ce type d'avantage sur la position que l'effet du fa jin est optimum.

 

Le troisième principe du fa jin est la direction. Quand on veut projeter notre adversaire, il y a une "meilleure" direction et une "pire" direction. La meilleure direction est celle vers laquelle notre adversaire se penche quand il perd l'équilibre. Attaquer dans cette direction demande le minimum d'énergie. La direction la pire est celle où notre adversaire doit aller, s’il retrouvait son équilibre. Le projeter dans cette direction n'est pas seulement une perte d'énergie mais cela peut nous mettre dans l'embarras. Entre la meilleure et la pire des directions il y a beaucoup d'autres choix. Malheureusement, la plupart des débutants choisissent toujours la pire. Ainsi un objectif clé pour l'entraînement au fa jin est de savoir la meilleure direction

 

Quand on peut suivre ces trois principes, on est sur le bon chemin. C'est ce qui est décrit comme "de ji de shi" (gagner l'opportunité et la position) dans les classiques du Taiji Quan. Quand on s'entraîne au Fa jIn, qu'il soit interne ou externe, il faut suivre ces trois principes de base. C'est la voie pour atteindre un plus haut niveau en termes d'efficacité et de techniques plus raffinées.

 

Les débutants tendent à oublier ces règles avec le wai jin car un wai jin puissant a de la gueule, même si c'est en fait très inefficace. En utilisant le nei jin ces points sont plus difficilement contournables. On n'a pas le choix sauf que d'y faire attention. C'est la manière d'étudier le nei jin qui procure le plus de chance pour comprendre le véritable sens du Taiji Quan. C'est une raison pour laquelle dans beaucoup de groupes, les professeurs n'autorisent pas leurs étudiants à s'entraîner à sortir le wai jin, ceci durant un très long moment. Si on ignore ces règles, alors on ne fait pas vraiment du Taiji Quan car ces trois principes suivent une des idées principales du Taiji Quan qui est appelé "zhi ji zhi bi" (se connaître et connaître son adversaire). Pour cela cela requière de la sensitivité. Et comme toute chose dans le Taiji Quan la sensitivité joue un rôle crucial dans le fa jin.

 

3.5.3. Caractéristiques du fa jin de haut niveau

En Taiji Quan, l'émission du wai jin doit être rapide, précise, dure et d'une quantité optimale. Mais le véritable fa jin de haut niveau est dans le nei jin. Comparé au nei jin, le wai jin est simple. Il est ainsi considéré comme appartenant au premier niveau de l'entraînement du Taiji Quan (cela ne signifie pas qu'il n'est pas important ni utile).

 

Les caractéristiques du nei jin de haut niveau sont qu'il doit être dissimulé. Il ne faut jamais montrer directement sa force à l'adversaire. Il doit être petit. Il ne faut pas faire de mouvements trop grands. Il doit être rapide. On ne doit pas hésiter quand on a l'opportunité. Il doit être précis. On ne doit jamais le faire sans connaître le point de faiblesse de l'adversaire. Il doit être sans à-coup et continue, ne pas avoir d'interruption. Il doit être changeable, jamais rigide et raide afin que la quantité, la direction, le point d'impact puissent être modifiés à tout moment. Il doit apparaître et disparaître soudainement afin de mettre l'adversaire dans la confusion et le paralyser par l'indécision. Il doit être mix xu (inconsistant) et shi (consistant) quand les forces réelles et fausses sont mixées ensemble. Et il doit mélanger le yin et le yang en n'utilisant jamais du pur yin ou du pur yang.

 

Maintenant, on a besoin de parler un peu plus de la dissimulation du fa jin. C'est un des concepts les plus importants du Taiji Quan et une des sources de confusion. Ce que beaucoup de personnes imaginent comme un fa jin est en fait juste un type de fa jin (wai jin). Ils pensent ainsi que lorsqu'une force est émise il faut toujours que cela se voit. De l'extérieur cela semble impressionnant surtout quand il y a un bruit sourd.

 

C'est peut être le cas dans quelques styles d'arts martiaux, mais ce ne l'est pas toujours dans le Taiji Quan. Dans le Taiji Quan, c'est vrai pour la sortie du wai jin, mais le wai jin n'est pas la technique principale du Taijji Quan. Ce sur lequel on met le plus l'accent est le nei jin. Puisque par nature le nei jin doit être dissimulé, la sortie du nei jin doit suivre le même principe. Cela fait partie du concept wu xing (pas de mouvement ou de posture). On dit "you xing jie shi jia, wu xing fang wei zhen" (tous les jins qui peuvent être vus sont faux, seul le jin qui est caché est véritable). Bien sûr au début pour tout le monde c'est visible. Cependant avec la pratique, cela doit être minimisé. La chose la plus importante, ici, est de ne jamais penser à montrer une grande force. C'est la technique principale du Taiji Quan. Le vrai haut niveau est lorsque l'adversaire ne sent rien jusqu'à ce qu'il soit par terre et qu'il ignore la force utilisée pour le battre.

 

3.5.4. Les méprises communes

Combattre comme l'on s'entraine

Quand on pratique, plus on obtient de jin mieux c'est. Mais quand on utilise le jin en combat, en fait moins il y en a, mieux c'est. La plus grande méprise sur le fa jin est que les gens croient qu'il s'agit de sortir la plus grande force possible. Cela ne ressemble pas à ce qu'un art martial interne doit faire

 

Une des choses quand on s'entraîne est d'apprendre à contrôler, à savoir exactement combien de force est nécessaire dans chaque situation. Pour utiliser le juste minimum de force pour obtenir le maximum d'effet est l'objectif de la pratique du Taiji Quan.

 

Ignorer l'adversaire

L'autre grosse méprise est de croire que nous n'avons pas besoin de prendre en compte les réactions de l'adversaire, juste de sortir la force aveuglément en vérifiant si la situation du moment convient. Mais le meilleur moyen de rechercher l'efficacité est d'exploiter les réactions de l'adversaire.

 

On peut toujours gagner si on ignore ces règles, les autres types de techniques peuvent fonctionner. Mais cela veut  dire qu'on n'utilise pas les techniques du Taiji Quan ou du moins qu'on a un faible niveau en Taiji Quan puisqu'on ne suit pas les principes du Taiji Quan. Avant de vraiment maîtriser le Taiji Quan, ces techniques marchent sans doute et nous font gagner des combats. Mais si maîtriser le Taiji Quan est le but, on doit arrêter de les faire.

 

3.6. Xu jin et fa jin

Quand on utilise le jin, il y a deux processus d'impliqués : le stockage et l'émission. Emmagasiner le jin est appelé xu jin et émettre le jin fa jin. Avant de pouvoir faire fa jin on a besoin de savoir comment est fait le xu jin. Puisqu'il y a différents types de jin dans le Taiji Quan et qu'ils peuvent être émis de différentes façons, il y a autant de manières pour faire xu jin. Basiquement on peut les catégoriser dans deux grands groupes, un pour le wai jin et l'autre pour le nei jin

 

Pour le wai jin on veut émettre une force de très grande puissante dans une seule direction aussi rapidement que possible. Emmagasiner et émettre sont deux étapes bien distinctes. Ce processus a été comparé au bandage d'un arc et ensuite de l'envoi de la flèche. La respiration est mise à contribution.

 

Avec le nei jin on émet une force modifiable et dissimulée. La force dure habituellement très longtemps. Ce processus est comparé à l'eau du printemps jaillissant du sol continuellement

 

Ici l'emmagasinement et l'émission ne sont pas des processus distincts.

 

Il y a deux définitions pour le xu jin correspondant à leur contrepartie dans le fa jin. Pour émettre une force de type fa jin, cela signifie emmagasiner une grande force. Cela suit l'analogie de l'arc et de la flèche. Ici, lors de l'entraînement, notre objectif est d'être capable d'emmagasiner et d'émettre le plus de force possible, aussi rapidement que possible.

 

La seconde définition de xu jin correspond à la définition de l'émission de force du fa jin. Il s'agit de se préparer à utiliser sa force. C'est une question de mouvements. Il y a deux choses ici qu'on peut bien faire. La première est de dissimuler nos tentatives. Le Xu jin est là pour le fa jin. Si l'adversaire détecte le xu jin, il sait que le fa jin arrivera et il pourra s'en défendre facilement. En fait, quand on fait xu jin, c'est le moment le plus dangereux pour soi. Le meilleur moment pour la victoire est souvent quand on arrive à lire quand l'adversaire va faire fa jin. Ainsi, en ce qui concerne les mouvements, plus petit est le xu jin, meilleur c'est.

 

L'autre point clé est de faire le xu jin continuellement puisqu'on a besoin de faire du fa jin continuellement. A haut niveau, xu jin et fa jin prennent place en même temps sans interruption entre les deux. On dit toujours que le jin doit être comme le printemps qui ne s'arrête jamais.

 

Dans le cas du wai jin, les deux points sont difficiles à remplir, surtout le second. Il faut donc pratiquer les applications du nei jin en premier. Cela aide à comprendre ce processus.

 

Une des différences clés entre les applications du nei jin et ceux du wai jin est que pour le nei jin, xu et fa ne sont pas des processus clairement séparés. Selon les principes du Taiji Quan, yin et yang doivent être ensemble et s'aider mutuellement. Xu jin est yin, fa jin est yang. C'est seulement quand ils sont tous les deux présents en même temps qu'on peut dire que c'est du vrai Taiji Quan. Si on fait fa sans xu, notre jin sera trop dur, droit, court et non évolutif. Notre force peut être facilement contrée ou utilisée. Si on fait xu sans le fa jin, on donne une grande opportunité à l'adversaire de nous battre en nous compressant.

 

L'erreur la plus commune pour le xu est le mouvement de retrait visible et évident. L'erreur la plus commune pour le fa est le mouvement dur vers l'avant qui est évident et visible. Les deux trahissent vos véritables intentions vis-à-vis de votre adversaire.

 

Car les processus du xu et du fa sont clairement séparés dans l'application du wai jin. Le wai jin ne suit pas vraiment le principe du Taiji Quan. Par conséquent, il n'est pas considéré comme une capacité de haut niveau pour le Taiji Quan.

 

Xu jin est l'entraînement pour la constitution de notre jin. Concernant la puissance qu'on utilise, plus le pourcentage de jin est élevé mieux c'est pour notre pratique. Ici ce qui est le plus important lors de l'entraînement est d'apprendre à uliser son esprit et de faire grandir le qi.

 

C'est parce que le jin suit toujours le qi et que le qi suit toujours l'esprit. La façon de développer notre qi passe par l'utilisation de notre esprit. Et quand notre qi devient fort, le jin augmente.

 

4. Utiliser le jin dans les poussées de mains et le combat.

Une des erreurs les plus communes pour beaucoup de gens est qu'ils essayent d'utiliser le fa jin trop directement. Ils veulent juste utiliser leur jin pour battre leur opposant aussi durement que possible ; mais avec la vraie technicité du Taiji Quan, émettre le jin n'est jamais utilisé tout seul. Le processus complet est constitué de cinq étapes :


1. ting (écouter) : sentir et détecter ce que l'opposant veut faire
2. hua (disparaître et dissolver) : neutraliser la force attaquante
3. yin (leurrer) fournir à l'opposant de fausses impressions, le faire croire qu'il peut vous avoir et le conduire à aller où vous voulez qu'il aille
4. nia (tenir et contrôler) avoir son adversaire sous son contrôle (habituellement cela signifie de le garder en déséquilibre)
5. fa (sortir une force projettée) : attaquer

 

Ici les quatres premieres capacités sont des capacités de nei jin tandis que le dernier, fa, peut être soit nei jin ou wai jin. Afin d'avoir de véritables techniques de Taiji, les quatre premiers étapes doivent être présentes.

 

5 Dong jin

Dans la pratique du Taiji Quan, développer une grande quantité de jin ne veut pas dire qu'automatiquement on a compris le Taiji Quan. Dong jin, ou comprendre la force, signifie qu'on à maîtriser le Taiji Quan. On dit de quelqu'un qu'il a atteint le niveau du dong jin quand il comprend comment appliquer le jin selon les principes du Taiji Quan. Avant d'atteindre ce niveau, on peut utiliser notre jin pour faire autre chose mais pas selon les principes du Taiji Quan. Et on ne comprend pas pourquoi les résultats ne sont optimums.

 

Cela comprend les points communs de tous les autres types de jins. Pour réussir à faire tous les types de jin, les points clés en commun sont la relaxation, le timing, la direction, l'esprit, et une compréhension du yin et du yang. C'est seulement quand on porte son attention à ces détails qu'on atteint un haut niveau.

 

Selon la tradition, dans le Taiji Quan, que cela soit à mains nues ou avec des armes, il y a trente six sortes de jin. Il y a trente six manières dans lesquelles notre force entraînée peut être utilisée. Une fois qu'on a le jin, on peut l'étudier dans tous les détails comment l'appliquer dans chacune de ces manières

 

Quelques-uns de ces jins peuvent être utilisés pour les projections. On doit pouvoir les pratiquer séparément et attentivement dans les moindres détails, les comparer, comprendre ce qui est identique et ce qui est différent.

 

Le meilleur moyen est de s'entraîner avec un partenaire. Il faut faire beaucoup de répétitions. Le jin est une des fondations du savoir faire du Taiji Quan. C'est pourquoi on veut avoir une compréhension totale et précise de cet aspect.

 

6. Signification supplémentaire du mot jin dans le Taiji Quan

Bien que jin signifie de manière générale force, il prend d'autres sens dans la pratique des arts martiaux. On doit les connaître pour éviter toute confusion. Il est difficile d'expliquer pourquoi certains d'entre eux sont employés de cette manière mais ce n'est que le langage qui évolue.

 

Parfois, jin ne veut pas dire force mais capacité. Par exemple, en Taiji Quan, on a ting jin, yin jin, sui jin, etc. Ting veut dire écouter. Ting jin signifie des capacités dans le domaine de la sensitivité. L'écoute passe par notre corps. On sait par le toucher ce que notre adversaire essaye de faire. Toutes les techniques du Taiji Quan sont basées dessus. Yin signifie leurrer. Yin jin est la capacité de faire aller l'adversaire là où on veut qu'il aille sans utiliser la force pour le pousser ou le tirer dans cette direction. Sui signifie suivre. Sui jin est la capacité de se relâcher qui nous permet de suivre l'adversaire. Habituellement on aime lister ces capacités pour le nei jin.

 

Parfois, jin signifie niveau, comme par exemple avec le Dong jin. Traduit littéralement, dong jin signifie comprendre la force. Cependant, dans la pratique de l'art martial traditionnel, on considère dong jin comme un niveau de pratique qui veut dire qu'on peut comprendre et appliquer les principes du Taiji Quan.

 

Parfois jin est un concept technique, comme hua jin ou na jin. Ici hua signifie dissoudre. Ainsi hua jin signifie des techniques qui peuvent résoudre des problèmes d'une manière très douce et très facilement. Na veut dire attraper ou contrôler. Ainsi na jin se réfère aux techniques qui maintiennent l'adversaire sous notre contrôle.

 

Parfois, jin veut dire tentative, intention comme le xin jin. Xin veut dire cœur. Ainsi xin jin signifie une tentative avec détermination.

 

C'est l'utilisation idéale de la force, de la force minimum nécessaire pour un maximum d'effet. Si l'on occulte cet aspect martial du Taiji Quan, où toutes les emplois sophistiqués de la force sont clairement illustrés et comprises, si notre autosatisfaction pour avoir développé une grande force nous arrête dans l'étude du jin alors on n'atteindra jamais un haut niveau en Taiji Quan.

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